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David Chaussinand, 29 ans, 1,93 m, 95 kg, raconte sa solitude d'athlète de haut niveau, son obsession de la performance et la tentation du dopage toujours repoussée. Jusqu'au jour où…
J'avais 15 ans quand la vocation m'est tombée dessus. Un copain m'a emmené au stade d'athlétisme. On m'a mis un marteau de 4 kg entre les mains, et je l'ai balancé à l'autre bout du terrain. J'ai intégré un lycée sport-études et, l'année suivante, je suis devenu champion du monde cadet en pulvérisant le record de France de plus de 8 m.
Ma famille a tout supporté pour favoriser ma carrière: les fins de mois difficiles, les logements précaires, les absences à répétition… Tout, sauf le dopage. Moi non plus, je n'acceptais pas cette idée-là. Bien sûr, il faut résister aux 300 kg de traction qu'exerce l'engin lorsqu'on l'envoie à 80 m. Mais le secret, c'est la vitesse, la coordination, le relâchement. La technique. Et la technique, ça ne s'achète pas en pharmacie.
De 20 à 25 ans, ma carrière est restée au point mort. Une mononucléose m'a laissé sur le flanc pendant un an. Je ne progressais plus. Très vite, des types m'ont approché. Le genre d'apprentis sorciers qui gravitent autour des stades. « Tu ne prends rien? Tu sais que tout pourrait être beaucoup plus facile? »
L'ascension sociale se faisait attendre. Quand, enfin, le président du Stade clermontois m'a proposé en 1998 un emploi-jeune à 900 euros par mois, en tant que chargé de communication, c'est comme si j'avais touché le pactole. Je me suis offert un diététicien puis un préparateur mental. J'avais deux ans pour préparer les Jeux de Sydney.
Je me suis mis à m'entraîner comme un damné. Six à sept heures par jour, tout seul. J'étais obsédé par la performance. A la maison, je ne pensais qu'à dormir. Récupérer. Surveiller mon régime alimentaire. J'étais devenu un monstre d'égoïsme. Une machine à lancer.
Je devais pousser mon corps encore plus loin. Mais comment? Un athlète étranger avait les réponses à toutes mes questions. Il m'a indiqué les produits à prendre, les publications médicales à lire. J'ai commandé les bouquins par correspondance. On y détaillait l'efficacité des divers anabolisants et leurs délais d'élimination. Pendant six mois, j'ai potassé. Je n'en menais pas large. Je craignais les effets secondaires. Je voulais, puis je ne voulais plus. Devant ma femme, j'ai prononcé une fois le terme de “rééquilibrage hormonal”. Elle m'a douché: “Jure-moi que tu plaisantes...”
J'ai commencé par de l'éphédrine, un stimulant léger que je m'étais procuré en Italie. Une ou deux prises avant l'entraînement, pour voir. J'ai vu: je n'avais jamais été aussi explosif, aussi concentré. 2002 s'annonçait bien. Il me fallait encore grignoter 1 ou 2 m supplémentaires. Il me fallait des anabolisants. J'ai profité d'un meeting en Allemagne pour me ravitailler en Clenbutérol et en Primobolan. Je prenais mes pilules dans la salle de bains. Terrorisé à l'idée que ma femme me surprenne.
Puis Mylène, ma femme, a reçu la lettre recommandée de la Fédération internationale. Elle m'a appris la nouvelle. J'avais été contrôlé positif à l'éphédrine, sept mois plus tôt, lors des Jeux méditerranéens. Je suis rentré. Je l'ai invitée au restaurant. Et je lui ai tout raconté. Pendant deux mois, elle ne m'a plus adressé la parole. J'ai vraiment cru la perdre.
Un mois plus tard, les médecins de la fédé ont débarqué chez nous. Contrôle inopiné. Pour l'éphédrine, j'avais écopé d'une suspension avec sursis: je m'en étais tiré en invoquant une sinusite mal soignée. Cette fois, ils ont trouvé des traces de méthénolone, une hormone présente dans le Primobolan. C'était fini.
Depuis, j'ai commencé une nouvelle vie. Je suis prêt à suivre une formation, à reprendre les études. Quand mon fils sera grand, je lui expliquerai. Je ne veux plus jamais tricher. J'ai envie qu'il puisse être fier de son papa.



